Mariska Veres et Shocking Blue : le mystère derrière Venus

Vous souvenez-vous de cette année 1970 ? Les juke-box des bistrots parisiens tournaient à plein régime et une voix, à la fois divine et sauvage, monopolisait toutes les ondes. C’était l’époque de Venus, ce tube mondial qui a propulsé le groupe néerlandais Shocking Blue au sommet des charts français. Pourtant, derrière les paillettes et ce succès planétaire qui résonnait jusqu’aux bals du 14 juillet, une ombre planait sur le succès du groupe. La star incontestée, Mariska Veres, n’avait rien de la icône yé-yé insouciante que les magazines comme Salut les copains adoraient dépeindre. Elle était une énigme, une âme torturée au milieu du fracas électrique de son groupe.

Alors que ses contemporains français, de Johnny Hallyday à Sylvie Vartan, cherchaient la lumière des projecteurs et l’ivresse des nuits parisiennes, Mariska Veres fuyait tout. Invitée sur la scène mythique de l’Olympia, elle n’y voyait qu’un théâtre d’angoisse. Elle ne buvait pas, ne fumait pas, et refusait systématiquement de participer aux mondanités qui faisaient la pluie et le beau temps du show-business de l’époque. Pour les musiciens de Shocking Blue, gérer cette artiste ultra-timide était un défi quotidien. Elle était cette voix envoûtante capable de transformer un simple 45 tours en disque d’or, mais une fois le rideau tombé, elle s’évaporait, préférant le silence de sa solitude aux applaudissements frénétiques du public français.

C’est là toute la tragédie des années soixante et soixante-dix : ce décalage brutal entre l’image projetée par les Scopitones ou les émissions télévisées en noir et blanc, et la réalité psychologique des artistes. Mariska Veres portait son maquillage charbonneux et ses robes sombres comme une armure. Elle craignait la célébrité autant qu’elle l’habitait. Tandis que la France vivait encore dans l’euphorie post-Mai 68, explorant de nouveaux horizons musicaux, elle restait recluse dans son propre monde, loin du tumulte des tournées et des tensions internes qui rongeaient souvent les groupes de rock de cette décennie.

Ce qui rend l’histoire de Mariska Veres et de Shocking Blue si fascinante aujourd’hui, c’est ce contraste saisissant. Lorsque vous réécoutez Venus aujourd’hui, on y perçoit bien plus qu’une simple chanson pop. On y entend la voix d’une femme qui dominait la scène tout en étant totalement terrifiée par ce qu’elle représentait. Elle n’était pas faite pour ce cirque médiatique, pour ces passages obligés dans les studios d’Europe 1 ou ces interviews interminables. Elle était, par essence, une artiste pure, déconnectée des codes brutaux de l’industrie musicale.

Si vous étiez de ceux qui achetaient chaque semaine vos disques chez le disquaire du coin, vous vous rappelez sans doute de l’aura mystérieuse qui entourait son nom. Elle a marqué nos mémoires non par ses frasques, mais par son absence volontaire, par cette pudeur rare dans un milieu où tout devait être montré. Aujourd’hui, en réécoutant ces morceaux, on ne peut s’empêcher de ressentir une profonde mélancolie. La légende de Mariska Veres demeure, figée dans le sillon de nos vieux vinyles, nous rappelant que derrière chaque tube indémodable se cache souvent un être humain cherchant désespérément à protéger son jardin secret. Étiez-vous également sous le charme de cette chanteuse pas comme les autres ?

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